Les ateliers de paysage : une lecture partagée des paysages de Dordogne

  L’atlas, une démarche de partenariat et de concertation

Le paysage dans la définition donnée par la Convention européenne du paysage renvoie à la fois à une réalité géographique et historique, mais aussi à une perception sociale ainsi qu’à des dynamiques d’évolution et de gestion.
La démarche de réalisation de l’atlas s’inscrit donc dans une logique de partenariat entre paysagistes, gestionnaires et habitants permettant de faire émerger un portrait partagé. Cela passe bien sûr par les discussions et échanges avec les différentes instances de suivi et de pilotage de l’étude, mais également par l’organisation d’ateliers d’échange réunissant élus, techniciens, associations, gestionnaires, mais aussi toute personne désireuse d’y participer, qu’elle soit simple habitant ou plus impliquée dans les questions de paysage.
Ces trois ateliers ont permis d’enrichir les perceptions des spécialistes du paysage avec celles des habitants, des élus, des techniciens et des gestionnaires. Ils ont ainsi permis d’engager un temps d’écoute et de partage autour d’une lecture partagée des paysages de Dordogne et de ses enjeux.

  Qui ?

Ont participé aux ateliers : des élus, des techniciens, des habitants, des gestionnaires, des professionnels du paysage.
Au total, 38 participants ont consacré 1 à 3 demi-journées à arpenter le terrain et à échanger sur le paysage local. Un grand merci à tous.

  Pourquoi ?

Les ateliers ont plusieurs objectifs :
- Recueillir le regard de la population sur son propre paysage pour enrichir l’atlas lui-même.
- Échanger entre auteurs de l’atlas et futurs utilisateurs : services de l’Etat, des collectivités, élus, associations, habitants.
- Permettre à tous de commencer à s’approprier les enjeux de paysage locaux.
Le chemin est ici aussi important que le but : in fine, l’atlas n’est pas un document réglementaire, mais un document qui alerte et propose. Sa fécondité dans les années qui viennent, dépendra autant du nombre de personnes qui s’en seront emparés localement, que de la pertinence du document lui-même.

  Comment ?

Localisation des ateliers d’échange sur le paysage

Le fait d’échanger sur site, par petits groupes conviviaux, permet à chacun de s’exprimer et de se réapproprier la démarche de l’atlas. L’analyse paysagère est une découverte pour la plupart, mais chacun s’aperçoit qu’elle lui est somme toute assez familière.
Qu’il s’agisse de choisir un site de balade, de prendre une belle photo, ou de décider d’habiter dans tel logement plutôt qu’un autre, chacun a fait l’expérience d’apprécier ou non le paysage d’un lieu, s’est interrogé sur "qui fait quoi" et sur ce qui pourrait s’améliorer.
De ces échanges, se dégagent des points clefs, des façons de formuler les enjeux et les propositions qui enrichissent le contenu de l’atlas.
Chaque atelier, ouvert à tous, dure une demi-journée, le matin ou l’après-midi. Il comprend un parcours libre d’un petit itinéraire d’une heure trente à pied ou en voiture par petits groupes, puis une mise en commun en salle d’une demi-heure par groupe, puis enfin un débat d’une heure autour des enjeux et des points forts du paysage.

  Déroulement

Les 4 temps de l’atelier

Lors de chaque atelier, les participants se sont répartis en groupes et sont allés visiter des sites de leur choix avec comme point de départ une question simple : « Vous avez envie de faire apprécier ce paysage à un ami de passage dans ce secteur. Que lui montrez-vous ? »
Sur chaque site visité, s’engageait alors une discussion autour de quelques questions :
- Vous avez découvert ce paysage il y a des années. Voyez-vous des traces d’évolutions ?
- Vous revenez ici dans 10 ans. Y a-t-il des évolutions que vous craignez ? D’autres que vous appréciez ? Qui pourrait faire quoi d’ici là ?
Les mises en commun en salle, d’une durée d’une heure environ, ont toujours été très riches et on permis à tous de s’exprimer pour souligner la qualité du secteur, de s’interroger sur son évolution ou bien d’émettre des souhaits pour l’avenir.

  Les sites « coups de cœur » visités

St-Sulpice-de-Mareuil

Le château ici est classé, mais on pourrait aussi classer le site : avec la vallée en prairie, ça ouvre la vue et crée une perspective. C’est un ensemble. Si une peupleraie arrivait ici, on perdrait beaucoup de l’attrait du lieu.
Les sites visités lors de l’atelier de St-Sulpice-de-Mareuil

Tous les groupes ont pu découvrir le riche patrimoine bâti avec de nombreux châteaux, des cluzeaux, des villages et hameaux aux belles maisons de pierre calcaire.
Certains ont apprécié la variété des ambiances souvent intimistes au sein des vallons et des petites clairières à travers les bois, en bord d’étang ou sur un coteau calcaire. L’importance des prés qui ouvrent le paysage et permettent les vues a été soulignée. La nécessité de retrouver quelques continuités visuelles ou des vues sur des bâtiments repères a été évoquée.
Certains sont montés sur le versant vers un tronçon de route en crête pour rechercher des vues plus amples depuis une hauteur. Quelques vues dominantes se sont ainsi offertes par-dessus les collines boisées, d’autant plus appréciées quelles restent rares.
D’autres ont recherché des vues d’ensemble sur les villages et y ont fait un tour pour observer la qualité des entrées, l’insertion des nouvelles constructions, les rénovations ou la fermeture des maisons.

Les débats ont porté sur l’équilibre à maintenir entre ouverture et fermeture des paysages dans un contexte de recul agricole ; sur la valorisation des villages et du patrimoine bâti, certes préservé, mais parfois inoccupé ou masqué par la végétation ; sur la mise en valeur des sites originels des villages ou des châteaux, pas toujours bien lisibles ; sur les mutations des peuplements forestiers et l’acceptation des conifères.
Plusieurs leviers apparaissaient : la valorisation du riche patrimoine bâti, trop méconnu ; la gestion de la végétation le long des routes et en fond de vallée pour rouvrir des vues sur le village ou le château, la gestion différenciée des lisières forestières le long des plantations de conifères ; la gestion des pelouses calcaires, le soutien à la gestion agricole par une maitrise du foncier ; la rénovation des logements en centre bourg et la maîtrise des extensions bâties le long des routes et des entrées, l’attrait des chemins et la variété des paysages.

Cours-de-Pile

La Dordogne n’apparait pas, on ne la sent pas. Même la vallée n’est pas toujours évidente à percevoir. Au bord de la rivière, on est coupé du monde, on est ailleurs. On ne voit plus ce qui se passe au-dessus.
Les sites visités lors de l’atelier de Cours-de-Pile

Tous ont été attirés par la proximité de la Dordogne, bien visible sur la carte, et ont cherché à l’approcher et à la découvrir... et tous ont pu percevoir la difficulté de l’exercice !
L’ouverture agricole a été appréciée et a permis de bien lire la topographie particulière de la vallée, avec ses terrasses basse et haute. Enfin la proximité de Bergerac a été ressentie fortement avec le développement urbain conséquent de la commune et par les infrastructures qui la jouxte (aéroport, rocade, zones d’activités).

Une partie des échanges a tourné autour de ce qui fait l’originalité de la commune : sa proximité avec la Dordogne et le nombreux patrimoine modeste ou monumental qui ponctue le territoire : châteaux, canal et écluse, port, plage, moulins, fermes anciennes, sources.
Les débats ont porté sur l’étalement urbain dans la plaine alluviale et le long des routes sur la terrasse et le coteau. Dans le village, l’attractivité et le caractère rural du centre et de la place de l’église ainsi que les possibilités d’extensions ont été débattues.
Tous ressentent le déséquilibre de ce territoire confronté à une urbanisation déstructurée, étalée le long des routes, qui brouille le paysage et s’affranchit de la géographie et de l’histoire des lieux.

Plusieurs leviers apparaissaient : révéler les atouts du paysage local (le relief, la Dordogne, le canal, les châteaux…) ; densifier le centre-bourg et limiter l’étalement urbain ; recréer des liaisons entre les quartiers ; habiter à nouveau les maisons anciennes dans les bourgs ; privilégier des aménagements d’espaces publics simples qui préservent le caractère rural ; limiter l’enclavement des espaces agricoles et forestiers…

Rouffignac-St-Cernin-de-Reilhac

Le bourg domine, on est en crête. Il y a 4 points de vue depuis le village. On peut même voir les reliefs du Massif Central par beau temps. Chaque vue est particulière. Depuis ici, c’est plus agricole, la vue est large, on voit les dégradés des vallons, le château, les bois, les prés et leurs haies.
Les sites visités lors de l’atelier de Rouffignac

Dans ce bourg de crête, tous ont commencé par observer le paysage depuis les nombreux points hauts, depuis les points de vue du bourg ou depuis les routes de crête dominant les vallons. Certains sont partis ensuite découvrir des hameaux et le paysage intérieur des fonds de vallon tandis que d’autres ont parcouru les abords du village.

Dans ce territoire aux dynamiques urbaines fortes, tous ont observé les différentes générations de pavillons qui s’étirent le long des routes et marquent les entrées de bourg.

Les débats ont porté sur les extensions urbaines autour du bourg et le long des routes de crête et leur perception depuis les belvédères de la côte et depuis les entrées de ville. Dans le bourg, l’aménagement des rues, la réhabilitation du bâti patrimonial ainsi que les possibilités d’extensions ont été débattues. Au sein des vallons, l’enfrichement des parcelles pentues a été évoqué. Le devenir des espaces agricoles a également été abordé.

Plusieurs leviers apparaissaient : limiter l’étalement urbain ; stopper l’urbanisation des crêtes, encourager la rénovation du bâti ancien ; veiller au maintien et à la qualité des points de vue ; encourager la gestion agricole par le pâturage pour maintenir des paysages ouverts ; avoir un centre bourg attractif ; améliorer les entrées qui ressemblent à des routes…