Balade urbaine participative à Ribérac

Quelques singularités de Ribérac
Ribérac est situé à l’ouest du département de la Dordogne, à une dizaine de kilomètres du département de la Charente. La commune est au cœur d’une triangulation de trois pôles urbains importants : Angoulême au nord, Périgueux au sud-est et Libourne au sud-ouest. Avec ces 3828 habitants, c’est la commune la plus peuplée de la Communauté de Communes du Périgord Ribéracois. Pôle de vie du Ribéracois, la commune dispose de nombreux services et bâtiments publics permettant de satisfaire un large public : médico-social, culture, sport et éducation. Par ailleurs, plusieurs équipements ont une portée rayonnant bien au-delà des limites communales : piscine, hôpital, cinéma, cité scolaire regroupant collège et lycée. Concernant les singularités paysagères, le relief de Ribérac est modelé par la rivière Dronne et ses affluents, qui dessinent une succession de petites vallées. La Dronne passe au nord de la commune et forme une large vallée à fond plat. Le bourg s’est développé à proximité de l’eau, sur les hauteurs du vallon du Ribéraguet, un affluent de la Dronne. Il s’est ensuite étendu vers le fond de vallée, recouvrant le ruisseau, qui traverse aujourd’hui discrètement la ville du nord au sud. La commune est au cœur d’un paysage remarquable, protégé depuis 2015 par une Aire de Mise en Valeur de l’Architecture et du Patrimoine (AVAP). Un inventaire a été réalisé afin de recenser les éléments patrimoniaux (façades remarquables, murets, portails, petit patrimoine lié à l’eau, arbres remarquables) qui composent l’espace public et lui confèrent sa singularité. Les places publiques ont une emprise généreuse à Ribérac. Elles sont bordées d’édifices emblématiques et sont largement arborées pour certaines, avec de nombreux sujets identifiés comme remarquables.
Le regard des ribéracois
Pour la balade participative, deux parcours ont été proposés. Les participants ont ensuite été invités lors de la restitution en salle à partager leurs expériences de terrain et les problématiques rencontrées sur leurs boucles respectives. L’ensemble des remarques et des discussions collectives ont permis à l’équipe du CAUE24 de s’imprégner d’une diversité de points de vue et des envies d’évolution pour le bourg.


- Carte synthétique des échanges mêlant propositions d’améliorations pour le bourg, constats et perceptions.
- En noir : les circulations routières. En rouge : l’architecture. En jaune : déplacements et mobilités douces. En vert : le végétal et l’eau.
L’inconfort lié à la prédominance de la voiture et des circulations routières
L’omniprésence de la voiture et les nuisances provoquées par les circulations apparaissent comme l’une des préoccupations majeures des habitants lorsqu’on les interroge sur leur cadre de vie. Ainsi, la voiture altère la qualité des espaces publics, en particulier sur la traverse du bourg où les déplacements se font presque exclusivement en voiture. On parle alors de nuisances sonores, de vitesse, d’insécurité lorsque l’on est piéton et que les trottoirs ne sont pas suffisamment larges ou adaptés à tous sur certains secteurs. Aussi, les mobilités du cœur de ville vers les zones d’activités en sortie de bourg ne sont pas évidentes autrement qu’en voiture et il n’existe pas d’itinéraire cyclable. Ce développement urbain en périphérie du bourg impacte le paysage et la perception du bourg.
Les participants ont imaginé quelques aménagements permettant de réfléchir à une place moins prégnante de la voiture en centre bourg pour les années à venir. Ainsi, les avis divergent : y a-t-il trop de places ou pas suffisamment ? Il faut revoir les sens de circulation, la signalétique routière pour mieux s’orienter, poser des panneaux de distances à pied pour inciter à se garer plus loin, développer des itinéraires piétons et cyclables.


- La place historique
- En 1940, l’absence de voiture dans l’espace public révèle l’alignement des façades et l’emprise généreuse de l’espace public. Aujourd’hui, l’importance du flux routier et le stationnement détourne le caractère de place publique. La traverse reste tout de même une centralité pour les ribéracois.
Des espaces de convivialité identifiés et des itinéraires à compléter
Les places publiques sont agréables et animées, notamment sur les temps de marché. Mais aussi par les commerces et les terrasses comme celle de l’emblématique Café Colonne qui anime la place depuis 1832. Pourquoi ne pas installer un kiosque à musique pour faire jouer la société musicale ? Quelques tables et du mobilier seraient appréciés. Aussi, l’offre en équipement sportifs est perçue comme une chance pour le groupe interrogé. De nombreuses propositions ont été discutées afin de compléter l’offre en équipement notamment au service des jeunes enfants et des adolescents qui pourrait être davantage développée à Ribérac. Sur l’emplacement des équipements scolaires, les avis divergent : Il serait bien que les écoles soient regroupées pour plus de praticité. Qu’elles soient séparées offre une meilleure répartition du stationnement.
Unanimement, la priorité est de matérialiser des liaisons piétonnes qui créent une vraie circulation traversant le bourg et relient les équipements. Comment développer davantage de parcours balisés ? La définition d’une voie verte ou encore la création d’un itinéraire de randonnée reliant le bourg de Faye à Ribérac font partie des pistes envisagées.

- Les continuités piétonnes
- Des améliorations pour les déplacements doux sont a envisager dans l’espace public.
Un attachement aux lieux et à l’histoire des bâtiments
Les habitants de Ribérac ont exprimé leur attachement au patrimoine bâti, étroitement lié à l’histoire des lieux. Le château de la mairie en est un exemple : son histoire, associée à son parc arboré attenant, suscite de l’intérêt. Ce parc est particulièrement prisé par les lycéens est un lieu de passage fréquent pour les amateurs de Terra Aventura. D’autres sites patrimoniaux ont été évoqués au fil des balades : l’ancienne gendarmerie, le tribunal ; le devenir de l’ancien théâtre, l’un des plus anciens édifices de la ville, qui a échappé à la démolition ou encore le jardin public dont le souvenir de l’ancienne fontaine, des grilles et des arbres, de l’ancienne école attenante ravivent des souvenirs d’enfance. Les habitants ont partagé leurs connaissances et leur intérêt pour ce patrimoine architectural et ont exprimé un désir commun d’en apprendre davantage sur son histoire et de le valoriser. À cet effet, la mise en place d’un ou plusieurs parcours piétons balisés à travers la ville, agrémentés de panneaux informatifs sur l’histoire des lieux, pourrait être envisagée. Par ailleurs, les logements vacants et commerces inoccupés contribuent à une impression de dégradation du centre-ville.
Remédier à ce phénomène de vacance est considéré comme prioritaire pour l’avenir du bourg. Pourquoi, ne pas faire appel à un coloriste pour imaginer le ravalement des façades susceptibles d’égayer l’espace public ? Les habitants soulignent cependant la présence d’un tissu commercial actif qui anime l’espace public.

- Des places historiques
- La ville s’accommode d’espaces publiques très généreux. La place Joseph Debonnière dans la continuité de la place du Général de Gaulle, dispose d’une certaine théâtralité dans ses dimensions, ses grandes perspectives et le recul sur la façade de l’ancien tribunal.
La place du végétal, de l’eau et le plaisir de la balade
Le sentiment de bénéficier d’un cadre urbain bien végétalisé a été évoqué à plusieurs reprises. Les arbres remarquables de Ribérac sont perçus comme un patrimoine. Leur ombrage est particulièrement apprécié sur les places. Cependant, les participants ont souligné que, dans certains cas, le béton empiète trop sur les racines, ce qui soulève des préoccupations : pour certains, cela déforme le revêtement au sol ; pour d’autres, cela met en péril la santé des arbres. La question du soin, de la protection et du renouvellement des arbres est donc un sujet de préoccupation à Ribérac. Les habitants ont évoqué l’idée d’un "plan canopée", un programme de préservation et de développement fondé sur les bienfaits du végétal. Certains ont également proposé un système d’étiquetage des arbres afin de mieux les connaître et les valoriser. Lors des balades comme lors de la restitution, ils ont insisté sur les bienfaits des plantes pour la santé et sur l’importance de renforcer la végétalisation des espaces urbains. Les arbres emblématiques participent selon eux à l’identité de la ville. Une proposition originale a même émergé : planter des palmiers dans toute la ville, pour faire rêver et offrir une nouvelle image au bourg. Malgré l’omniprésence de la voiture et les ruptures sur les itinéraires piétons, les participants ont exprimé le plaisir de se promener dans la ville. Le chemin qui longe le Ribéraguet est particulièrement apprécié : décrit comme paisible et ombragé, il constitue une belle alternative à la traversée routière de la rue du 26 mars 1944, jugée inconfortable.
Des questions ont émergé : comment multiplier ce type d’espaces végétalisés ? Comment favoriser les plantations en ville.
Enfin, le ruisseau du Ribéraguet a été qualifié de richesse par les habitants, unanimes sur le souhait de le voir mieux mis en valeur dans la ville. À l’inverse, la rivière de la Dronne a été peu évoquée, ce qui interroge sur le rapport qu’entretiennent les habitants avec cette rivière.

- Confluence du Ribéraguet et de la Dronne
- Quelques appropriations informelles au bout du chemin du pré du Merle au lieu-dit du Chalard, un lieu très représenté sur les cartes postales du début du XXe siècle.

- Espace public arbres remarquables et alignements de tilleuls
- L’ombre des arbres est souvent investie place du Général de Gaulle.
Et après ?
Le CAUE a intégré cette vision partagée dans son diagnostic d’étude stratégique de bourg, commandée par la collectivité. Le regard des habitants et les préoccupations ont nourri l’analyse. Les propositions ont été spatialisées au travers de scénarios d’évolutions du bourg sur le temps long.